Casgrain (Thérèse Forget)
Un article de la La Mémoire du Québec (2022).
- Femme politique née à Montréal en 1896 (10 juillet 1896).
Fille de Rodolphe Forget. Épouse de Pierre-François Casgrain.
Études chez les Dames du Sacré-Coeur de Sault-au-Récollet (Montréal).
Militante féministe, elle entreprend dès 1921, la lutte pour l'obtention du droit de vote des femmes.
En 1928, elle assume la présidence du Comité du suffrage provincial
En 1929, elle assume la présidence de la Ligue des droits de la femme.
En 1940, la province de Québec accorde le droit de vote aux femmes à la suite de la lutte de la Ligue des droits de la femme.
En 1945 elle obtient que les chèques d'allocation familiale du Gouvernement du Canada soient faits à l'ordre des mères plutôt qu'à l'ordre des pères.
En 1955-1957, elle est chef de la section du Québec de la Cooperative Commonwealth Federation-CCF qui deviendra le Nouveau Parti Démocratique-NPD.
En 1960, Madame Casgrain est membre fondatrice et présidente de la Ligue des droits de l'homme
En 1966 elle est présidente de la Fédération des femmes du Québec.
Sénatrice de la division des Mille-Isles (1970-1971).
Décès en 1981 (3 novembre 1981) à Montréal.
En 2014, le premier ministre Stephen Harper remplace le prix Thérèse-Casgrain du bénévolat par le prix du Premier ministre pour le bénévolat ; il rappelle ainsi que seul le poste de premier ministre peut bien qualifier un tel prix et non le nom d'une présidente d'un parti politique qu'il considère sans doute comme mineure dans sa lecture de l'histoire du Canada.
PS : De 1866 à 1915, Les femmes mariées sont considérées comme des mineures du point de vue du Code civil québécois.
La femme mariée au Québec et son statut
dans le Code civil du Québec, de 1866 à
1915.
Nous avions été étonnés de constater que Marie Louise Mathilde Sylvestre ait pu acheter en
son propre nom une partie du lit de la rivière Maskinongé, sachant que les femmes avaient peu de droits à cette
époque.
Mme Claudine Pierre Deschênes a voulu approfondir cet aspect de notre histoire
québécoise.
Elle a donc fait une recherche exhaustive sur le sujet et établi le tableau suivant sur la
situation de la femme mariée dans le Code civil du Québec, de 1866 à 1915 ; et vous allez
voir que, même s'il reste du chemin à parcourir, la société québécoise d'aujourd'hui revient
de loin.
Les numéros entre parenthèses renvoient aux articles du Code civil de cette époque.
Sur le plan individuel :
¥ La femme a une incapacité générale (tout comme les mineurs et les interdits) ;
toutefois, elle a le droit de faire un testament (184 et 382).
¥ Elle ne peut contracter, acheter ou vendre (986).
¥ Elle ne peut se défendre en justice ou intenter une action en justice (986).
¥ Elle ne peut être tutrice (282).
¥ Elle ne peut être curatrice (337).
Relations personnelles avec le mari :
¥ Soumission au mari. En échange, le mari lui doit protection (174).
¥ Nationalité imposée par le mari (23).
¥ Choix du domicile par le mari (83).
¥ Choix des résidences par le mari (175).
¥ Exercices des droits civils sous le nom du mari (coutume).
¥ Loi du double standard : le mari peut toujours exiger la séparation pour cause
d'adultère, la femme ne peut l'exiger que si le mari entretient la concubine dans la
maison commune.
Relations financières avec le mari :
¥ Elle ne peut exercer une profession différente de celle de son mari (181).
¥ Elle ne peut être marchande publique sans l'autorisation de son mari (179).
Source: Raymonde Ally
¥ En régime de communauté légale :
o Le mari est seul responsable des biens de la communauté (1292).
o La femme est responsable face aux dettes du mari, non réciproque (1294).
¥ En régime de séparation de biens :
¥ Elle ne peut disposer de ses biens, toutefois elle peut administrer ses biens avec
l'autorisation de son mari ou, à défaut, avec celle d'un juge (1422).
¥ Le mari ne peut autoriser sa femme de façon générale, une autorisation
particulière est exigée à chaque acte (1424).
¥ Elle ne peut disposer de son salaire professionnel (1425).
¥ Elle ne peut accepter seule une succession (643).
¥ Elle ne peut faire ou accepter une donation entre vifs (763). Toutefois, le mari peut
assurer sa vie en faveur de sa femme (1265 et 1888).
¥ Elle ne peut accepter seule une exécution testamentaire (763).
¥ Elle ne peut hériter de son mari mort sans testaments qu'après les douze degrés
successoraux (637).
Situation dans la famille :
¥ Elle ne peut consentir seule au mariage d'un enfant mineur (119).
¥ Elle ne peut permettre à un mineur non émancipé de quitter la maison (244).
¥ Elle ne peut corriger ses enfants (245). Toutefois, la femme possède le droit de
surveillance sur ses enfants (coutume).
¥ Elle ne peut être seule tutrice de ses enfants mineurs (282).
Sources : Micheline Dumont-Johnson : « Histoire de la condition de la femme dans la
Province de Québec », p. 43
Ce tableau démontre bien l'absence de droits juridiques égaux entre mari et femme de
la moitié du 19e siècle jusqu'au début du 20e siècle. L'incapacité juridique de la femme
mariée était le principe sur lequel reposait toute l'organisation familiale ; seules les veuves et
les célibataires majeures jouissaient de leur pleine capacité civile. Cette incapacité juridique
restera pratiquement inchangée jusqu'en 1931.
Si la situation des femmes s'est détériorée au cours du 19e siècle, il n'en a pas toujours
été ainsi. Aux 17e et 18e siècles, les femmes de la Nouvelle-France détenaient un pouvoir
réel au niveau des institutions. Non seulement elles ont fondé et administré des institutions
d'enseignement et de santé, mais, de plus, elles tenaient un rôle effectif et reconnu au niveau
de l'administration domestique et municipale. Elles pouvaient plaider devant le Conseil
Souverain et, en l'absence du mari (parti faire la traite des fourrures, ou en voyage en
France, ou prisonnier des indiens ou même décédé), c'est l'épouse qui assume la gestion,
la responsabilité de la famille et de son patrimoine.
Après la Conquête, la situation des femmes s'est progressivement détériorée. En 1849, on
interdit officiellement la participation électorale aux femmes ; jusqu'à cette date, les femmes
avaient le droit de voter, mais ce droit était inégalement appliqué à travers le Bas-Canada et
comme ce droit était défini par des critères basés principalement sur la propriété, seule une
minorité de femmes pouvaient voter.
Au niveau scolaire, tout propriétaire avait le droit de voter et de se présenter au poste de
commissaire. Ce droit fut retiré aux femmes en 1899.
Au niveau municipal, jusqu'en 1899, seule une femme propriétaire veuve ou célibataire
majeure avait le droit de voter et même de se porter candidate aux élections municipales.
Par contre, si elle était mariée, son mari votait à sa place. En 1899, on étendit ce droit aux
femmes locataires veuves ou célibataires, mais des échevins réactionnaires tentent de le
retirer en 1902. Suite aux pressions de groupes féministes, cette tentative ne se réalisa
pas.
Au Québec, le premier mouvement organisé oeuvrant
pour le vote des femmes est la Montréal SuffrageAssociation (1913-1919)
qui oriente ses efforts au niveau du vote fédéral et
l'obtient en 1918. La plupart des
provinces canadiennes emboîtent le pas sauf le Québec
qui repousse jusqu'en 1940 les demandes répétées
des militantes féministes, dont Idola St-Jean et Thérèse
Casgrain, présidente de la Ligue des Droits de la femme.
Ces femmes d'exception eurent bien du mérite, du
courage et de la ténacité, car elles se mesuraient à des
misogynes féroces qui,
tel Henri-Bourassa (fondateur du journal Le Devoir) écrivait à propos de l'accession des
femmes aux droits politiques, que cela correspondait pour lui à :
« l'introduction du féminisme sous sa forme la plus nocive ; la femme électeur qui engendrera
bientôt la femme-cavaleur, la femme-télégraphe, la femme-souteneure d'élection puis la
femme-député, la femme-sénateur, la femme-avocat, enfin, pour tout dire en un seul mot
la femme-homme, le monstre hybride et répugnant qui tuera la femme-mère et la femme-femme »
Source du dernier paragraphe : Henri-Bourassa, Le Devoir (28 et 30 mars et 1er avril 1918).
Signification de l'expression « femme-télégraphe » : lors d'une élection, « passer un
télégraphe » signifiait voter pour un autre, tricher.
Encyclopédie du patrimoine culturel de l'Amérique française .
Autres sources :
René Durocher, professeur au département d'histoire de l'Université de Montréal, l'un des pionniers de l'histoire contemporaine du Québec.
Paul-André Linteau, professeur émérite au Département d'histoire de l'Université du Québec à Montréal-UQÀM et conseiller littéraire aux Éditions du Boréal, Paul-André Linteau a écrit et coécrit de nombreux livres, dont Histoire du Québec contemporain, Transposer la France et Traces de l'histoire de Montréal.
Jean-Claude Robert, professeur au département d'histoire de l'Université du Québec à Montréal, spécialisé en histoire économique et sociale.
¥ Marie Lavigne et Yolande Pinard : « Les femmes dans la Société québécoise,
aspects historiques », Boréal Express.
¥ Micheline Dumont-Johnson : « Histoire de la condition de la femme dans la
Province de Québec », dans Tradition culturelle et histoire politique de la femme
au Canada, Étude No 8, préparée par la Commission royale d'Enquête sur la
situation de la femme au Canada, Ottawa 1971.
Marie-Louise Mathilde Sylvestre et Michel Théodore Lefebvre étaient mariés sous le régime
de séparation des biens.
En 1906 et 1907, lorsque Marie-Louise Mathilde obtient les lettres de Concessions sur le lit de la rivière Maskinongé, son mari est toujours vivant.
Ce dernier décédera avant 1925, année où Marie-Louise Mathilde, veuve, et son fils Charles Alfred
Maurice Lefebvre vendent leurs droits à la Shawinigan Water and Power company.
Nous n'avons trouvé aucun document expliquant comment Marie-Louise Mathilde a pu
contracter en son propre nom, mais il est certain qu'elle a dû obtenir l'autorisation de son mari
(articles 986 et 1424 du Code civil du Québec alors en vigueur).
Ce qui serait intéressant de savoir est : a-t-elle eu cette autorisation parce qu'elle
était une femme forte et qui voulait prendre sa place ou,
la situation arrangeait-elle son mari pour une raison ou une autre, qu'elle soit d'ordre politique, économique ou familial?
Peut-être est-ce la combinaison de ces deux possibilités ou toute autre chose ;
à moins de trouver des documents nous informant du cas, nous ne le saurons jamais.
Et dire qu'il y a des personnes qui s'ennuient du « bon vieux temps »!!!!!
Recherches de Claudine Pierre-Deschênes.
Article de Christian Porès.
Encyclopédie du patrimoine culturel de l'Amérique française
- Publications : Liste partielle
Une Femme chez les hommes (autobiographie, 1972).
- Distinctions -
Lauréate du prix du Gouverneur général créé en 1979 pour commémorer la décision du Conseil privé de Londres (Angleterre) décrétant que les femmes sont des personnes ; attribué à une personne qui s'est illustrée au Canada dans la lutte pour l'égalité des femmes et des hommes.
Officier de l'Ordre du Canada-OOC (1967).
Compagnon de l'Ordre du Canada-COC (1974).
Membre de l'Académie des Grands Montréalais (1980).
Le parc Thérèse-Casgrain de Montréal honore sa mémoire.
La statue de Madame Casgrain est érigée en face du Parlement de Québec.
- Crédits :
Québécoises d'hier et d'auhourd'hui (Robert Prévos, Stanké, 1985)
Dictionnaire des auteurs de langue française en Amérique du Nord (Réginald Hamel, John Hare et Paul Wyczynski, Fides, 1989)
Les rues de Montréal - Répertoire historique (Ville de Montréal, Méridien, 1995)
Thérèse Casgrain. La gauchiste au collier de perles (Nicole Forget, Fides, 2013)
