Jutra (Claude)

Un article de la La Mémoire du Québec (2022).

  • Cinéaste (réalisateur, acteur, monteur et scénariste) et homme de sciences (médecin) né en 1930 (11 mars 1930) à Montréal.

Diplômé en médecine, il ne pratiquera pas cette profession.
Entre au service de l'Office national du film-ONF en 1954.
Il disparaît le 5 novembre 1986 ; on retrouve son corps le 19 avril 1987 dans les eaux du Saint-Laurent à Cap-Santé ; on dit qu'il souffrait alors de la maladie d'Alzeimer.
Au cours de l'hiver 2016, une biographie écrite par Yves Lever contient des pages dans lesquelles un homme révèle que Jutra, un ami de sa famille, était pédophile et qu'il avait profité de lui pendant dix ans de l'âge de 6 ans jusqu'à l'âge de 16 ans.
En février 2016, dès la révélation de la pédophilie de Jutra corroborée par témoin, le gala du cinéma québécois jusque-là nommé le Gala des Jutra se départit de Jutra et devient simplement le Gala du cinéma québécois. Des maires annoncent que leur municipalité changeront les noms de rue ou de lieu (ex : parc Claude-Jutra à Montréal, Croissant Claude-Jutra à Québec).
Le 17 février 2016, la Commission de toponymie du Québec demande à toutes les municipalités de modifier les noms de rue, de monument, de parc ou d'autres endroits publics portant le nom de Jutra ou un nom composé contenant Jutra. Le 15 juin 2016, la ville de Montréal rebaptise l'ancien parc Claude-Jutra situé à l'angle des rues Prince-Arthur et Clark ; elle le renomme parc Ethel-Stark. Madame Ethel Stark est la cofondatrice avec Madame Alice Guy de La Symphonie féminine ; le croissant Claude-Jutra de l'arrondissement Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles deviendra le croissant Alice-Guy ; Alice Guy est la première femme réalisatrice et productrice de cinéma au monde.

  • Filmographie - Liste partielle :


Pierrot des bois (1956)
Il était une chaise / A Chairy Tale (collaborateur de Norman McLaren, 1957)
Les Mains nettes / Washed Hands (réalisateur, 1958)
Félix Leclerc troubadour (réalisateur, 1959)
Fred Barry comédien (1959)
Anna la bonne (réalisateur, avec François Truffault, 1959)
Québec-USA (réalisateur, avec Michel Brault, 1961)
Les Enfants du silence (réalisateur, avec Michel Brault, 1963)
À tout prendre / Take it all (réalisateur, long-métrage de fiction autobiographique projeté d'abord au cinéma Loew's de Montréal le 10 août 1963, puis aux cinémas Saint-Denis et Bijou de Montréal le 15 mai 1964 ; sa partenaire de vie et du film est Johanne Harrelle, le premier mannequin noire de la haute couture de Montréal ; la version anglaise de ce film est une traduction faite par Leonard Cohen.
Petit discours de la méthode (réalisateur avec P. Patry, 1963)
City Boum (réalisateur avec R. Russel, 1964)
Au Coeur de la ville (1969)
Mon oncle Antoine / My Uncle Antoine (réalisateur, 1971)
Wow (1970)
Kamouraska (réalisateur, d'après le roman de Anne Hébert, 1973)
Québec fête juin 1975 (réalisateur avec Jean-CClaude Labrecque, 1976)
Pour le meilleur et pour le pire / For Better or for Worse (réalisateur, 1975)
Ada (réalisateur, téléfilm, CBC, 1977)
Arts Cuba (1977)
Dreamspeaker (réalisateur, téléfilm, CBC, 1977)
Seer Was Here (réalisateur, téléfilm, CBC, 1978)
The Patriarch #1 and #2 (1978)
The Wordsmith (réalisateur, téléfilm, CBC, 1979)
Surfacing (réalisateur, d'après le roman de Margaret Atwood, 1981)
By Design (réalisateur, 1981)
Bonheur d'occasion (réalisateur, 1983)
La Dame en couleur / The Dame in Color (1985)
My Father, My Rival (1985)
Kamouraska (version intégrale du réalisateur, d'après le roman de Anne Hébert, 1985)
Onze jours en février (film de Jean-Claude Coulbois, mars 2024) ; retrace l'enchaînement des faits qui ont mené à l'effacement du nom de Claude Jutra de la mémoire collective. Le 15 février 2016, la publication d'une biographie de Jutra écrite par Yves Lever provoque une onde de choc dans le milieu du cinéma québécois en soutenant que le réalisateur décédé en 1986 était un pédophile.

NOTA :
La pédophilie est classée comme trouble de la préférence sexuelle (trouble mental) par la classification internationale des maladies (CIM)29 et comme paraphilie (qu'elle entraîne ou non un comportement répréhensible et/ou une détresse chez le sujet) par le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM)30,31.
Le DSM-5 retient trois critères diagnostiques de ce trouble3 :

 1Présence de fantaisies imaginatives sexuellement excitantes, d'impulsions sexuelles, ou de comportements, survenant de façon répétée et intense, pendant une période d'au moins 6 mois, impliquant une activité sexuelle avec un enfant ou des enfants prépubères ;
 2Les fantaisies, impulsions sexuelles, ou comportements sont à l'origine d'une souffrance cliniquement significative ou d'une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d'autres domaines importants ;
 3Le sujet est âgé de 16 ans au moins et a au moins 5 ans de plus que l'enfant.



Selon l'Association américaine de psychiatrie et son manuel le DSM-5, le trouble pédophilique constitue une paraphilie et non pas une orientation sexuelle.
L'APA, dans son DSM-IV, classe la pédophilie parmi les « paraphilies » dans la section « Troubles sexuels et troubles de l'identité sexuelle ».
Les phases I et II de l'échelle de Tanner correspondent à l'attraction érotique pour des enfants impubères.

  • Bibliographie :


Claude Jutra (Yves Lever, Boréal, 2016, 15 février) ; Lever provoque une onde de choc après que Jutra eut été visé par des allégations de pédophilie, Lever raconte des relations qu'aurait eues Jutra avec de jeunes garçons ; dans la foulé, deux victimes avaient témoigné ; ce qui entraîna l'effacement du nom de Jutra de lieux publics et du gala qui portait jusque-là son nom et qui deviendra le Gala Québec Cinéma et ses trophées Iris (Le Devoir, 10 juillet 2020, page B2).

  • Distinctions :


Grand prix du Festival du cinéma canadien (1963) pour À tout prendre
Prix Victor-Morin de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal-SJBM (1972)
Prix du Québec Albert-Tessier (1984)
Son film Mon oncle Antoine (1970) est désigné en 1984 et en 1994 comme le meilleur film de l'histoire du cinéma canadien par Sight and Sound Poll conduit à tous les 10 ans ; ce film occupe 3 fois la première place sur la liste TIFF (Toronto International Film Festival) des 10 meilleurs films canadiens et est déclaré chef-d'oeuvre par l'Audio-Visual Preservation Trust of Canada
Son film Mon oncle Antoine (1970) est déclaré chef-d'oeuvre sur l'échelle de Mediafilm (2012).(N.B. pour obtenir cette distinction officielle, une oeuvre doit être âgée de plus de 20 ans, doit avoir été pionnière dans l'histoire du cinéma, une oeuvre phare dans un genre ou un mouvement artistique ou une oeuvre marquante d'un maître incontesté du cinéma).
En 2017, à l'occasion du 150e anniversaire de la fondation du Canada, le Toronto International Film Festival a établi une liste des 150 productions canadiennes essentielles.

Les productions québécoises choisies sont :

Denys Arcand : Le Déclin de l'Empire américain
Denys Arcand : Jésus de Montréal
Jean Beaudin : J.-A. Martin photographe
Michel Brault : Les Ordres
Gilles Carle : La vraie nature de Bernadette
Mireille Dansereau : La vie rêvée
Xavier Dolan : Mommy
Claude Jutra : Mon oncle Antoine
Micheline Lanctôt : Sonatines
Jean-Claude Lord : Léolo
Francis Mankiewicz : Les Bons Débarrats
'André Melançon : La Guerre des Tuques
Léa Pool :La femme de l'hôtel
Jean-Marc Vallée : C.R.A.Z.Y.



  • Crédits -


Dictionnaire du cinéma québécois (Michel Coulombe et Marcel Jean, Boréal, 1988)

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